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Publié le 13 mai 2018

Migration: Maroc le soft power de la politique migratoire mondiale

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Le Maroc, historiquement connu comme un pays d'émigration, est également un point de passage important pour les migrants, principalement d'Afrique subsaharienne et de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), l'Europe étant une destination commune pour les deux flux migratoires. Cependant, un rapport européen explique que depuis le milieu des années 1990, le Maroc est également devenu un pays de destination. Les raisons de ces flux migratoires vont de troubles politiques, guerres civiles et ralentissements économiques dans certains pays d'Afrique de l'Ouest à l'éruption de violence ethnique et à la déportation massive d'immigrants en Libye en 2000, où de nombreux immigrants subsahariens avaient déjà trouvé des occasions de travailler a révélé le rapport de Maastricht Graduate School de Gouvernance, intitulé "La migration au Maroc : histoire, tendances actuelles et perspectives d'avenir".  En conséquence, le Maroc occupe aujourd'hui trois rôles au sein du système migratoire euro-africain - celui de pays source, de transit et de destination finale.

Au cours des dernières décennies, le sujet de l'émigration marocaine vers les États membres de l'Union européenne (UE) a monopolisé les débats pertinents sur la gestion des migrations au niveau national. En effet, la mobilité entre le Maroc et l'Europe a longtemps été un problème épineux dans leur histoire commune. Les Marocains résidant à l'étranger ont plus que doublé entre 1993 (1,5 million) et 2012 (3,4 millions), avec un taux de croissance annuel moyen de 9,9%, contre un taux de croissance démographique de 2,2% au Maroc a rapporté Migration Policy Centre Team, donc une étude intitulée : "Profil de la migration : cas du Maroc". La grande majorité a émigré en Europe (87%), la France accueillant à elle seule 31% et l'Espagne un quart de ces migrants lit-on dans le même document. Les effets combinés du regroupement familial, de la constitution de la famille, de l'accroissement naturel, de la migration sans papiers et de la nouvelle migration de main-d'œuvre vers le sud de l'Europe (et l'Amérique du Nord) expliquent l'augmentation constante du nombre de migrants.

Cas des migrants subsahariens

À partir du milieu des années 1990, le nombre de migrants irréguliers entrant au Maroc en provenance d'Afrique subsaharienne, et particulièrement d'Afrique de l'Ouest, a augmenté. La plupart de ces migrants irréguliers ont suivi des routes spécifiques vers le Maroc, principalement via la Mauritanie ou à travers le Niger jusqu'à la frontière algérienne près de la ville d'Oujda. L'intention initiale de beaucoup de ces nouveaux arrivants au Maroc était de continuer leur voyage vers l'Europe. Ceux qui parvenaient à éviter l'arrestation par les autorités marocaines se rendaient généralement dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, qui, en tant qu'entités territoriales extra-européennes, constituaient une alternative possible à la traversée dangereuse de la Méditerranée pour entrer sur le territoire de l'UE.

Approche humaniste et stratégique

Le Maroc a renforcé son influence et son pouvoir sur le continent africain en adoptant une politique d'immigration et d'asile fondée sur une approche des droits de l'homme visant à garantir aux migrants au Maroc l'accès aux services de base.

Depuis que le roi Mohammed VI a exhorté le gouvernement à adopter une nouvelle politique migratoire, le Maroc est devenu une « destination de choix » pour plusieurs migrants subsahariens.

La stratégie nationale d'immigration et d'asile, adoptée en 2014, a été adoptée conformément à l'engagement marocain en matière de droits humains et conformément à une approche holistique visant à garantir l'accès des migrants aux droits et services fondamentaux tels que l'éducation, le logement social et l'emploi.

Une première phase a été lancée en 2014 permettant l'enregistrement et la légalisation du séjour de plus de 23 096 migrants, provenant principalement d'Afrique subsaharienne et de Syrie. Une deuxième phase a été lancée dans le but d'accorder des permis de résidence à un nombre similaire d'ici le 31 décembre 2017.

Et récemment les conditions de régularisation des migrants ont été très assouplies pour permettre aux migrants l’accès aux service sociaux de base.

Les efforts du Maroc visent à améliorer les conditions de vie des migrants, en particulier les catégories sociales les plus vulnérables telles que les enfants. Grâce à cette politique d'immigration solidaire, 6424 enfants issus de familles immigrées sont désormais scolarisés dans les écoles marocaines, une étape qui favorise leur intégration sociale.

Le Maroc a également pris des mesures fermes contre les réseaux criminels opérant dans la traite des êtres humains grâce à une approche de sécurité proactive qui a permis le démantèlement de 80 réseaux et déjoué 50 000 tentatives d'immigration illégale en 2017, selon des chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur. Cela porte à 3 000 le nombre de cellules victimes de la traite des êtres humains depuis 2004 (MAP, 14 novembre 2017).

Le succès national de l'approche du Maroc en matière d'immigration a été repris dans le plaidoyer du Royaume en faveur d'une gestion collective de l'immigration qui va au-delà de calculs et de stéréotypes étroits .  

En donnant l'exemple au niveau national, le Maroc a pris la tête du continent sur la question de la migration. Le Maroc a ainsi mené des initiatives visant à parvenir à un changement de paradigme dans la façon dont la migration est abordée sur le continent. La ligne directrice consiste à s'écarter de l'approche de la sécurité en abordant les questions de migration en faveur d'une approche humaniste axée sur les opportunités et la gestion commune.

En sa qualité de leader chargé de préparer l'agenda africain sur les migrations, le roi Mohammed VI, dans un message au  5ème sommet Union africaine-européenne à Abidjan (photo) fin novembre, a démystifié quatre mythes sur la migration. À cet égard, il a souligné que la migration africaine n'est pas principalement intercontinentale. Il est principalement intra-africain puisque tous les 4 migrants africains sur 5 restent en Afrique.

Tandis qu'en Europe, l'extrême droite mettait en garde contre une vague d'immigration clandestine, le roi Mohammed VI a répondu que la migration illégale ne représentait que 20% des migrations internationales.

Le roi a également réfuté l'affirmation selon laquelle les migrants appauvriraient les pays d'accueil, affirmant que 85% des revenus des migrants restent dans les pays d'accueil.

Le Roi a soumis des propositions aux chefs d'Etat africains lors du prochain sommet de l'UA de tracer un véritable agenda africain sur les migrations notamment le projet dénommé Pacte lequel les travaux ont commencé avec notamment la rencontre de Marrakech où une soixantaine de dirigeants européens et africains se sont réunis pour avancer sur les modalités d’actions communes sur la migration.  

À cet égard, il a rappelé les bases qu'il a posées pour cet Agenda en juin 2017 lors du 29ème Sommet de l'Union africaine, notant que cet Agenda comporte quatre niveaux d'action : national, régional, continental et international.

Il avait même souligné que selon le même agenda, « les pays africains assumeraient leurs responsabilités en garantissant les droits et la dignité des migrants africains sur leur sol, conformément à leurs engagements internationaux, supprimant ainsi les pratiques honteuses et inhumaines héritées d'un passé ère."

Dans le cadre de son plaidoyer international pour une nouvelle approche de la migration, le Maroc a pris la coprésidence avec l'Allemagne du Forum mondial sur la migration et le développement, qui tiendra sa 11e réunion à Marrakech en décembre 2018. L'événement sera consacré à l'élaboration du Global Compact pour une migration sûre, ordonnée et régulière.

L’agenda mondial

Dans leur détermination à faire face aux défis migratoires, qu'ils considèrent comme une préoccupation mondiale majeure, les États membres des Nations Unies, à l'exclusion des États-Unis, ont exprimé leur engagement à signer un Pacte mondial des Nations Unies sur les migrations non contraignantes.

L'accord, qui doit encore faire l'objet de six rounds de négociations qui dureront jusqu'en juillet, devrait être finalisé lors d'un sommet au Maroc entre les 10 et 11 décembre.

Le projet, selon le premier projet, appelle à «un accord global sur des migrations sûres, ordonnées et légitimes», avec un accent particulier sur «le renforcement de la coopération sur toutes les dimensions des migrations internationales». 

Comme l'accord de Paris sur le changement climatique, le pacte des migrations internationales rappellerait à tous les Etats membres de l'ONU qu '"aucun pays ne peut relever seul les défis mondiaux." "La crise migratoire devrait nous unir". Les Etats-Unis ont toutefois refusé de participer à l'élaboration et à la finalisation du projet, de nombreux observateurs associant le passage de l'Amérique à la position dure et hostile de l'administration Trump sur les migrations internationales.

Les diplomates chargés de concrétiser le plan ont déclaré que l'idée générale était de souligner les « responsabilités partagées » lorsqu'il s'agit de faire face aux défis migratoires.

Parmi les propositions qui seront discutées lors des négociations en six rounds, une importance particulière a été accordée à des questions telles que la protection des femmes et des enfants migrants, l'adoption de politiques facilitant l'intégration des migrants dans les sociétés d'accueil, éradiquer la discrimination sous toutes ses formes, etc.

Avec les prédictions que le changement climatique entraînera de nouvelles formes de migrations, les Etats soutenant le projet, tout en reconnaissant que les négociations seront « difficiles» parce que «l'immigration est un sujet très sensible pour un certain nombre de pays», ont salué le projet un pas en avant depuis longtemps vers plus d'intégration et de coopération pour faire face à de sérieux défis mondiaux.

Mouhamet Ndiongue

 

 

 

 

 

 

 

 

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